Les troubles de l’apprentissage : mieux comprendre pour mieux accompagner

Parfois, avec certains enfants, les apprentissages sont difficiles. Les devoirs deviennent un véritable défi, les demandes de réunion avec les enseignants se multiplient, le comportement et la réussite scolaire sont questionnés. Et finalement le diagnostic tombe : « Votre enfant souffre de troubles de l’apprentissage ». A partir de ce moment, le mot d’ordre sera « inclusion », et l’enjeu sera d’accompagner l’élève dans un système d’apprentissage parfois en décalage.

Le système éducatif français a pris conscience de ce besoin et a cherché à adapter ses pratiques en conséquence. Cette volonté a été codifiée dans l’article L321-4 du Code de l’éducation qui rappelle que des aménagements spécifiques doivent être mis en place pour les élèves en difficulté, et plus particulièrement pour ceux touchés par des troubles du langage oral ou écrit. Cette affirmation montre une avancée importante, bien qu’insuffisante pour beaucoup de parents, les laissant face à de nombreux questionnements.

Une maman d’un enfant souffrant de dyslexie, de dysgraphie et de dysorthographie, témoigne de son ressenti en apprenant le diagnostic :

« J’ai ressenti beaucoup de stress… Pourquoi ne sait-il pas lire comme tout le monde ? Comment expliquer aux institutrices qu’il aura besoin de plus de temps ? Comment reformuler les leçons ? Comment faire une carte mentale qui l’aide vraiment ? »

Sa crainte illustre celle de nombreuses autres familles, et c’est pour répondre à ces nombreuses questions que nous avons souhaité explorer ce sujet.

Quelle est la différence entre un trouble de l’apprentissage et une difficulté scolaire ?

Chaque enfant est unique et rencontre ses propres obstacles. Cependant, pour certains, ces difficultés relèvent de ce que l’on appelle des troubles de l’apprentissage.

Selon le travail de Miri, I. (2020). Cerveau et apprentissage. EDP Sciences, plusieurs éléments permettent de faire la différence entre ces troubles de l’apprentissage et des difficultés scolaires.

Un trouble de l’apprentissage est durable, sévère et ne peut être “effacé”. Il est lié au développement cognitif et nécessite donc un diagnostic précis, capable d’offrir la meilleure prise en charge possible. Celle-ci vise alors non pas à faire disparaître le trouble, mais à aider l’enfant à le compenser.

La Fédération Française des Dys, avec le soutien de son comité scientifique, explique que ces troubles sont d’origine développementale et qu’ils se déclinent en plusieurs catégories, notamment :

  • La parole et le langage : ils entraînent des difficultés dans la construction ou la compréhension de la parole et du langage, rendant la communication plus complexe.
  • La coordination : ils correspondent à un retard dans l’assimilation des facultés motrices et gestuelles. On y observe principalement “des déficits visuo-perceptifs et visuo-spatiaux”.
  • L’attention : ils entraînent un “déficit des fonctions exécutives” et nécessitent un accompagnement adapté.

Ces éléments permettent de distinguer un trouble de l’apprentissage d’une difficulté scolaire. En effet, la difficulté reflète généralement un retard dans l’appropriation de compétences ou de connaissances scolaires, mais elle n’est ni définitive ni irréversible. Avec un soutien approprié elle peut être progressivement surmontée.

Quand et comment repérer les troubles de l’apprentissage ?

D’après le dossier de recherche Difficultés et troubles des apprentissages chez l’enfant à partir de 5 ans, publié sur santé.gouv.fr en avril 2009 et élaboré par seize chercheurs, chaque trouble de l’apprentissage peut se manifester à différents moments de la scolarité.

  • La dyslexie, souvent associée à la dysorthographie, correspond à un trouble persistant du langage. Elle se traduit par des difficultés dans la perception des syllabes (segmentation) et dans la mémoire verbale, pouvant entraîner des confusions entre certains sons et dans la reconnaissance de lettres proches visuellement (comme b, d, p, q). Les premiers signes peuvent apparaître dès la maternelle lors des premiers contacts avec les lettres, puis devenir plus évidents en CP, au moment de l’apprentissage de la lecture.
  • La dyscalculie peut être repérée autour de 6 ans, lorsque commencent les premières manipulations mathématiques. L’enfant peut alors éprouver des difficultés à utiliser les signes, gérer les retenues, comprendre les problèmes ou mémoriser les bases du calcul (additions, multiplications, etc.).
  • Le TDAH, quant à lui, peut être diagnostiqué à tout âge, mais reste l’un des troubles les plus complexes à identifier. Il se caractérise par trois éléments principaux :
  • Un déficit de l’attention,
  • Une hyperactivité motrice,
  • Une impulsivité.

Il se distingue par son caractère permanent et son impact important sur le quotidien.

  • Enfin, la dyspraxie peut se manifester dès la maternelle, notamment par un manque de dextérité dans l’utilisation d’objets courants, (ciseaux, crayons, règle). Elle se poursuit ensuite tout au long de la scolarité et se repère aussi dans la vie quotidienne, par des difficultés dans la réalisation de gestes usuels tels que s’habiller, utiliser ses couverts ou accomplir certaines tâches domestiques.

Comment accompagner en tant que parent ? 

L’accompagnement des enfants présentant des troubles de l’apprentissage est aujourd’hui largement documenté. L’objectif principal est d’aider les familles à trouver des pistes concrètes pour soutenir leur enfant et comprendre au mieux les difficultés qu’il traverse.

Dans un article publié en 2009 par l’institut national de prévention et d’éducation pour la santé, sous la direction de Thanh Le Luong et édité par Jeanne Herr, il est proposé plusieurs moyens d’accompagnement. Elle insiste notamment sur l’importance de créer un environnement favorable aux apprentissages : un espace de travail calme, dépourvu de distractions, et équipé d’outils adaptés tels qu’une règle colorée, un chronomètre ou des crayons spécifiques, …

L’article souligne également la nécessité d’ajuster le temps de travail. Il est recommandé de le fractionner pour préserver la concentration de l’enfant, en évitant de dépasser des séances de 20 à 25 minutes, afin de favoriser la concentration.

Un autre aspect essentiel concerne la valorisation de l’enfant et le développement de sa confiance en lui, souvent fragilisée par les difficultés rencontrées. Comme le rappelle un article de l’Institut des troubles de l’apprentissage, “Comment accueillir et accepter les défis scolaires de son enfant ?”, il est crucial de valoriser le processus plutôt que le résultat final. L’enfant peut ainsi percevoir l’importance de ses efforts, de son engagement et de sa préparation, indépendamment de la performance obtenue.

Enfin, les deux articles insistent sur la nécessité, pour les parents, de se renseigner et de s’entourer des bons professionnels. Mieux informés, ils peuvent s’orienter vers les aides appropriées et mettre en place des aménagements adaptés aux besoins spécifiques de leur enfant. Une équipe éducative se déploie ainsi pour l’enfant, permettant de respecter la prise en charge prescrite et d’accompagner au maximum l’élève.

Comment accompagner en tant qu’enseignant ?

L’accompagnement des enfants présentant des troubles de l’apprentissage repose aussi sur le travail des enseignants. C’est un véritable effort d’équipe qui demande d’adapter les pratiques pédagogiques. La mutuelle MAGE, destinée aux enseignants, a d’ailleurs publié le 28 avril 2025 un article intitulé “Les enseignants face aux troubles de l’apprentissage”, qui propose des pistes pour mieux comprendre les profils d’élèves concernés. Il y est rappelé que ces troubles touchent environ 5 à 6 % des élèves.

A consulter également : « 11 fiches sur les troubles de l’apprentissage« , dossier réalisé à l’initiative de l’Inspection Académique de Moûtiers.

Dans cette perspective, enseignants et parents partagent une même responsabilité : apprendre à reconnaître les signes des troubles de l’apprentissage afin d’ajuster l’enseignement. Cela peut passer, par exemple, par l’utilisation d’outils spécifiques, comme ceux mentionnés précédemment, qui aident l’élève à s’organiser et à optimiser son travail scolaire. L’enseignant peut également solliciter le psychologue de l’Éducation nationale, avec l’accord des parents, lorsque la situation de l’enfant le nécessite.

Un élève présentant un trouble de l’apprentissage a besoin d’une classe inclusive, sans être mis à l’écart, car la marginalisation risque d’affecter sa confiance en lui. L’inclusion passe par des supports adaptés, des consignes plus courtes, des pauses régulières, et parfois par la présence d’une AESH (Accompagnants d’Elèves en Situation de Handicap), même si l’accès à ce dispositif reste parfois compliqué.

Aujourd’hui, de nombreux outils numériques favorisent cette inclusivité en garantissant l’accès au même contenu pour tous. La bibliothèque numérique inclusive SONDO, par exemple, propose une large sélection de livres de littérature jeunesse, classique et contemporaine en phase avec les pratiques des enseignants et les recommandations du Ministère. Elle permet d’accéder autrement aux livres prescrits par les enseignants. Les équipes SONDO ont conçu ce format innovant de manière à répondre aux besoins de chacun et alléger la surcharge cognitive. Chaque livre embarque une palette d’outils d’aides à la lecture (audio, colorisation des syllabes, aide au repérage dans l’espace, etc.) ayant pour objectif d’aider au décodage, à la concentration ou à la compréhension”

Ainsi, il apparaît que la question des troubles de l’apprentissage constitue un véritable défi, aussi bien pour les enfants que pour les adultes qui les accompagnent. Ce parcours peut créer des doutes, de l’inquiétude ou même du découragement, mais il est également marqué de progrès et de réussites. En valorisant les efforts, en adaptant les apprentissages, et les comportements, en s’informant et en travaillant en équipe, il devient possible d’aider chaque enfant à trouver sa place, à renforcer sa confiance en lui et à s’épanouir en s’appuyant sur ses propres forces.

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