Pour réussir à l’école, un enfant ou un adolescent n’a pas seulement besoin de travailler. Il a aussi besoin de bouger, de dormir, de récupérer et de se changer les idées. Le sport peut être un allié discret mais précieux de la réussite scolaire. Encore faut-il trouver le bon équilibre entre activité physique, devoirs et repos.
Après une journée de cours, le programme est parfois chargé : devoirs, leçons à réviser, contrôle à préparer… Sans oublier les activités extrascolaires. Lorsque le temps manque, les parents peuvent être tentés de supprimer une séance de sport pour laisser davantage de place au travail scolaire. Mais est-ce vraiment une bonne idée ? Bouger ne signifie pas perdre du temps sur ses apprentissages.
L’activité physique, une alliée des apprentissages scolaires
On oppose souvent les activités intellectuelles aux activités physiques, comme si les unes se pratiquaient au détriment des autres. Pourtant, l’activité physique ne sollicite pas seulement les muscles. Elle agit également sur certains mécanismes cérébraux impliqués dans l’attention, la mémoire et les apprentissages.
Le sport est une forme d’activité physique, mais celle-ci englobe aussi tous les mouvements du quotidien : marcher, faire du vélo, jouer dehors ou encore danser.
Bouger stimule aussi le cerveau
Dans leur article « Activité physique et cognition, clefs de la réussite à l’école primaire », publié en 2023 dans la revue EPS, Éric Hermand et Laurent Rouffet expliquent comment l’activité physique agit sur le fonctionnement du cerveau et sur certaines capacités indispensables aux apprentissages.
L’exercice physique peut notamment favoriser plusieurs fonctions cognitives :
- L’attention et la concentration, pour rester mobilisé sur une tâche et ne pas se laisser distraire.
- La mémoire de travail, qui permet de retenir temporairement des informations et de les utiliser, par exemple pour résoudre un problème de mathématiques.
- La flexibilité cognitive, indispensable pour passer d’une consigne à une autre ou changer de méthode lorsqu’une première tentative échoue.
- Le contrôle inhibiteur, qui permet de retenir une réaction impulsive ou de ne pas répondre trop vite.
Autant de capacités sollicitées chaque jour en classe, mais aussi à la maison, au moment des devoirs.
Le sport peut-il améliorer les résultats scolaires ?
Plusieurs études ont mis en évidence une association entre une bonne condition physique, certaines performances cognitives et les résultats scolaires. Les travaux cités par Hermand et Rouffet suggèrent notamment un lien entre les capacités d’endurance et les résultats en langue et en mathématiques, particulièrement à l’école primaire.
Attention, cela ne signifie pas qu’un enfant sportif obtient automatiquement de meilleures notes : la réussite scolaire dépend de nombreux facteurs. Une méta-analyse de Fedewa et Ahn, publiée en 2011 et portant sur 59 études, relève néanmoins des effets globalement positifs de l’activité physique sur certaines performances cognitives et scolaires.
Des enfants et des adolescents qui ne bougent pas assez
Les enfants et les adolescents ne bougent pas suffisamment. Et la situation se dégrade avec l’âge. Dans un rapport publié en 2024, l’Académie nationale de médecine alerte sur le manque d’activité physique des enfants et des adolescents. Chez les 6-10 ans, 70 % des garçons et 56 % des filles atteignent les recommandations d’activité physique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Entre 15 et 17 ans, ces proportions tombent respectivement à 40 % et 16 %.
Selon les données de Santé publique France citées dans le rapport Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu (2024), les enfants et adolescents de 6 à 17 ans passent en moyenne 4 h 11 par jour devant un écran, hors temps scolaire.
À ce temps d’écran s’ajoutent d’autres périodes d’immobilité, notamment pendant les cours et certains déplacements. Or, l’OMS recommande aux enfants et adolescents de 5 à 17 ans de pratiquer en moyenne au moins 60 minutes d’activité physique quotidienne d’intensité modérée à soutenue, sur l’ensemble de la semaine, ainsi que des activités qui renforcent les muscles et les os, au moins trois jours par semaine.
Manquer d’activité physique et passer trop de temps assis sont deux problèmes distincts, qui peuvent se cumuler.
Bouger ne signifie pas forcément pratiquer un sport en club
Pour les parents, cette distinction est essentielle. Un enfant n’a pas besoin d’enchaîner les entraînements sportifs pour être actif. Aller à l’école à pied ou à vélo, jouer dehors, danser, faire du skate, courir avec des amis ou partir en promenade familiale : toutes ces activités contribuent à augmenter le temps passé en mouvement.
Il ne s’agit donc pas nécessairement d’ajouter une nouvelle activité à un emploi du temps déjà chargé, mais de multiplier les occasions de bouger au quotidien.
Le sport, bénéfique pour l’équilibre et la confiance en soi
Les bénéfices du sport ne se mesurent pas uniquement en résultats scolaires. Pratiquer une activité physique peut aussi aider un enfant ou un adolescent à mieux se connaître, à prendre confiance en lui et à trouver sa place parmi les autres.
Réussir ailleurs qu’à l’école
Un élève en difficulté en mathématiques peut se révéler excellent sur un terrain de football et devenir capitaine de son équipe. Une adolescente réservée en classe peut s’épanouir dans la danse ou les arts martiaux. Ces réussites nourrissent la confiance en soi et l’image que l’enfant se construit de lui-même. Une expertise collective de l’Inserm de 2008 souligne notamment les liens entre pratique sportive, estime de soi et bien-être psychologique chez les adolescents.
Le sport apprend aussi que les progrès demandent du temps : patience, entraînement et persévérance sont autant de qualités qui peuvent également être utiles dans le travail scolaire.
Apprendre à gérer ses émotions et à vivre avec les autres
Avant un match important, une compétition de natation ou une représentation de danse, le trac peut être au rendez-vous. Apprendre à le maîtriser, se préparer et accepter le résultat sont des expériences précieuses. Les sports collectifs sont aussi l’occasion d’apprendre à respecter des règles, à coopérer, à écouter les autres, à accepter les différences de niveau et parfois à faire passer l’intérêt du groupe avant le sien. Des compétences également utiles à l’école.
L’attitude des entraîneurs, l’ambiance du groupe et la place accordée au plaisir jouent également un rôle essentiel. Une compétition vécue sous une pression excessive peut, au contraire, devenir une source de stress supplémentaire.
Des bénéfices pour la santé mentale et le sommeil
La pratique régulière d’une activité physique est également associée à une meilleure santé mentale et à une meilleure qualité de sommeil. Et le sommeil est loin d’être un détail dans la réussite scolaire : il participe à la récupération, à la mémorisation et à la disponibilité intellectuelle.
Sport, sommeil et apprentissages ne doivent donc pas être considérés séparément. Ils participent tous à l’équilibre général de l’enfant.
Comment trouver le bon équilibre entre sport et travail scolaire ?
Faut-il maintenir l’entraînement de basket la veille d’un contrôle ? Inscrire son enfant à plusieurs activités ? Lui demander d’arrêter le sport lorsque ses notes baissent ? Il n’existe pas de réponse universelle. Tout dépend de son âge, de son rythme, de sa fatigue et de ses envies. Quelques habitudes peuvent néanmoins aider à trouver le bon équilibre.
Faire une place au mouvement avant les devoirs
Lorsqu’un enfant rentre de l’école, il n’est pas toujours prêt à se remettre immédiatement au travail. Il n’est pas indispensable de prévoir une longue séance : une promenade, un jeu à l’extérieur ou un trajet à vélo peuvent constituer une pause bienvenue avant les devoirs.
L’activité physique devient ainsi un véritable sas de décompression entre la journée de classe et le travail à la maison. À chaque famille de trouver l’organisation qui lui convient.
Éviter les emplois du temps surchargés
À l’inverse, multiplier les activités extrascolaires n’est pas forcément souhaitable. Entre l’école, les entraînements, les compétitions, les transports et les devoirs, certains enfants n’ont presque plus de temps libre. Or, ils ont aussi besoin de moments sans obligation, pour jouer, lire, rêver ou simplement ne rien faire.
Si votre enfant est régulièrement fatigué ou ne prend plus plaisir à son activité, il est peut-être temps d’alléger son programme. L’objectif n’est pas de faire toujours plus, mais de trouver un rythme durable.
Laisser l’enfant choisir son activité
Tous les enfants n’aiment pas le football, le tennis ou les sports collectifs. Certains préfèrent la danse, l’escalade, la natation ou le vélo. D’autres n’apprécient pas la compétition et se sentent mieux dans une pratique libre. L’essentiel est que l’enfant prenne plaisir à pratiquer son activité, plutôt que de se rendre à contrecœur à des entraînements imposés.
Les parents peuvent proposer, faire découvrir différentes disciplines et encourager leur enfant à persévérer lorsqu’il rencontre une difficulté. Mais ils doivent aussi rester attentifs à ses goûts et à ses besoins.
Observer plutôt que compter les heures
Le meilleur indicateur n’est pas nécessairement le nombre de séances hebdomadaires. Votre enfant dort-il suffisamment ? Est-il moins stressé après son activité ? Prend-il plaisir à retrouver son équipe ? Parvient-il à faire ses devoirs sans être épuisé ? Dispose-t-il encore de temps pour ses amis et ses loisirs ? Ces questions permettent d’évaluer si l’organisation choisie lui convient réellement.
Si les résultats scolaires baissent, cherchez d’abord la cause : fatigue, difficulté dans une matière, manque de méthode ou emploi du temps trop chargé.
Le sport ne garantit pas de meilleures notes, mais il contribue à l’équilibre dont les enfants ont besoin pour apprendre et grandir. Plutôt que de l’opposer aux devoirs, mieux vaut lui trouver une place dans la semaine, sans sacrifier le sommeil ni les moments de repos.